
SONORAS
Création collective autour de la tradition du son jarocho et des femmes artistes au Mexique
Ce projet prend racine il y a plus d’une dizaine d’année, alors qu’Aline Comignaghi habite au Mexique et s’installe à Xalapa, dans l’État de Veracruz, une région au sud du pays. Son entourage lui fait vite découvrir une partie importante de la culture populaire.
Dans certaines localités – de Xalapa à Coatzacoalcos- il existe une tradition de chant de vers improvisés ou appartenant à un répertoire populaire, sous diverses formes poétiques et instrumentales ; c’est le son jarocho.
Traditionnellement, le texte lyrique est énoncé à partir d’un horizon masculin et hétérosexuel. La voix poétique provient d’un personnage masculin qui chante le paysage, les animaux, les figures mythiques et religieuses, les conflits quotidiens, l’amour et les peines de cœur, ainsi que la figure féminine (qu’il s’agisse d’une femme ou d’une entité anthropomorphique la représentant). Dans le répertoire populaire jarocho, la femme n’est pas le sujet de l’énonciation ; lorsqu’elle apparaît, elle est l’objet au sujet duquel elle est énoncée.
De retour après plusieurs années, va naitre l’envie de créer une forme représentative des histoires de représentation de ces femmes qui chantent, écrivent, dansent et jouent à présent tous types d’instruments.
C’est en arpentant les rues de Xalapa et de Coatepec que vient l’idée d’une déambulation. Jouer dans la rue -l’espace public- en racontant son vécu de femmes, de mères, de sœurs et d’artistes. Lors des premières rencontres apparait ce besoin d’écrire des vers parlant du quotidien et de les chanter, autant que le doute de s’exposer aux regards.
Un manque de représentation
« Au cours des dernières décennies, certaines femmes de la scène musicale jarocho ont pris conscience de ce manque de représentation dans les paroles et, malgré le fait qu’il n’était pas courant que les femmes créent et chantent leurs propres vers – et qu’il n’y avait donc pas de référents féminins connus à suivre -, elles ont commencé à s’exprimer à partir de leur propre horizon discursif qui englobe les subjectivités, les perspectives et les récits de ce qu’elles expérimentent en tant que sujets marqués par le genre.
Peu à peu, de plus en plus de femmes se sont attelées à la tâche de produire leurs propres vers (publication dans des livres, des anthologies, des médias numériques et audiovisuels), des groupes de son jarocho composés principalement ou exclusivement de femmes ont été créés, des événements et des rencontres de son jarocho axés sur la participation des femmes ont été organisés, de même que des fandangos féministes et des collectifs de femmes soneras. » Extrait de la thèse de Melba Sonderegger – Mujeres en la lírica jarocha contemporánea.

Cafe con pan – Exploration des sens
Le café est fortement lié à l’identité culturelle de Veracruz et à sa tradition gastronomique. Les sols volcaniques, le climat tropical montagneux et beaucoup d’eau feront une zone idéale pour l’implantation de nombreuses plantations de café.
Nous décidons de commencer la déambulation ici. Très vite le lien entre l’exploitation du café, le rachat de terres par des gros exploitants mexicains et internationaux, et la violence de genre nous parait évident. Nous allons explorer les grains, les toucher, sentir les plantes. Une recherche senti-corporelle et un lien sensoriel se créer. Des mouvements, des textes et des sonorités apparaissent.
Émergence d’une parole
Les paroles du traditionnel chant El Buscapiés ont été réappropriées par une artiste de Xalapa.


Déambulation au jardin
Après avoir passé du temps à répéter les nouveaux textes et partitions, tout fut prétexte à improviser; les instruments, la tarima (petit plateau en bois pour les percussions comme le zapateo), les jupes, les blouses, les rebozos (châles). Ensemble nous soutenons un espace d’expressions plurielles où chacune a une place singulière. Nous décidons que la déambulation se fera au jardin et dans certaines pièces de la maison. Nous inviterons nos proches mais aussi toutes personnes ayant participer au processus de création (les cultivateurs de café, les amis musiciens, les enfants, les grands-parents, les voisins et voisines…)
Sur un projet de l’illustrateur Eme de Armario, on voit représenter les évènements les plus traditionnels du Sud de Veracruz ainsi que plusieurs célébrations : La Candelaria, la Rama (procession avec des instruments dans la rue pour la semaine de Noël), le défilé des femmes musiciennes pour le mois de mars, la fête de Saint Jean, le Señor Santiago, la Fête des Morts en hommage aux musicien.es du son jarocho.